Pierre FERRUA
   
 
Une entreprise
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4 - Le façonnage de la pierre
L'évolution du travail de façonnage
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Depuis les Romains jusqu'en 1950 - Sur le site des carrières de VERS et de CASTILLON, le façonnage de la pierre avait peu évolué. Il était entièrement manuel. Les blocs étaient extraits à la dimension de chaque pierre à tailler. Les carriers ne disposant pas d'engin de levage, les pierres étaient taillées, brutes d'extraction sans aucune face sciée, au pied même du front et laissées sur place ou à proximité pour être chargées manuellement sur les chars et camions.

En 1948, lorsque je suis arrivé, il existait une seule carrière en activité sur le territoire de la commune de VERS. L'exploitation de la pierre interrompue depuis la première guerre mondiale avait été reprise en 1942. une autre carrière était en exploitation sur le territoire de la commune de CASTILLON, elle semble n'avoir jamais cessé d'être exploitée. Elle avait une faible activité, ne faisant que l'extraction des blocs manuellement, comme les Romains à l'escoude, et les vendait en l'état sans autre façonnage. L'exploitant de la carrière de VERS avait amélioré l'extraction en découpant les blocs au marteau pneumatique mais, ne disposant pas d'engins de levage, les blocs étaient toujours taillés manuellement au pied même du front d'extraction. Premier signe de progrès relatifs, elle disposait d'une "antique" et bricolée machine de sciage (très souvent en panne) utilisée pour faire des tranches de pierre dans des blocs de 1,50 mètres de long sur un mètre de hauteur et 60 cm de largeur. Elle était équipée de plusieurs lames dont le mouvement mécanique de va et vient actionné par une bielle entraînait un sable abrasif. Arrosé d'eau, celui-ci usait la pierre sous la pression des lames. Ce sable, récupéré à la pelle dans des rigoles prévues à cet effet, était réparti manuellement sur les blocs pour poursuivre le sciage. Vu l'extrême lenteur de la descente, 1,5 centimètre à l'heure,  ce travail demandait force, patience et main d'œuvre. De plus le résultat obtenu n'était pas à la hauteur du temps passé car le guidage des lames de la machine bricolée n'était pas parfait et la planéité des tranches laissait à désirer. Il arrivait aussi que, faute de répartition manuelle régulière du sable sur les blocs, les lames se bloquent. Le sciage en cours était alors stoppé et la partie du bloc scié devait être détruite pour libérer les lames.

En 1950, la carrière de VERS se dota de nouveaux équipements pour l'extraction et la taille de pierre pour la reconstruction du vieux port de Marseille. D'autre part, la reprise de l'activité dans le bâtiment et un retour vers la pierre dans la construction redonnèrent un nouveau souffle au marché de la pierre. Une nouvelle société fut créée. Elle fit un premier pas vers l'extraction et la taille industrielle. Mais comme toute nouvelle technique, la mise au point s'avéra laborieuse. Tant la découpe des blocs avec une perforatrice multiple, que le sciage en atelier avec des chaînes équipées de pastilles au carbure de tungstène, ne donnait pas les résultats escomptés. Outre la mécanique défaillante, la qualité du sciage laissait grandement à désirer. La pierre de Vers, assez ferme et très abrasive, entraînait, jointe à des aléas d'extraction, une usure rapide des guides des chaînes et de fréquentes ruptures de celles-ci. Aux sciages défectueux et au rendement insuffisant, venaient s'ajouter des incidents mécaniques répétés et apparemment insolubles entraînant un coût de main d'oeuvre exorbitant. L'extraction des blocs se fit alors dans une autre carrière située sur la commune de CASTILLON où la pierre était  plus tendre et beaucoup moins abrasive. Il s'en suivit une rupture entre les associés. Tout le martériel nouvellement installé à VERS fut transféré et installé sur le carreau de la carrière de CASTILLON. Je demeurais responsable de l'exploitation de la carrière de VERS et de la taille des pierres. L'entreprise poursuivit une activité réduite avec le matériel dont elle disposait auparavant.

De 1951 à 1965 L'exploitation de la carrière de Vers en fut considérablement réduite. Cependant, pendant cette période, il y eut dans la profession de rapides progrès dans les techniques d'extraction et de taille permettant d'augmenter le rendement tout en réduisant la pénibilité du travail et les coûts de production. Mais, déçu par son expérience de la mécanisation malheureuse du travail de la pierre de Vers pour le Vieux Port de Marseille, et de peur de voir son entreprise prendre trop d'ampleur, l'exploitant n'était pas favorable à l'introduction de nouvelles machines d'extraction et de taille. A l'époque, étant seul exploitant de la pierre de Vers il n'avait aucun intérêt à augmenter ses ventes et à réduire ses prix. Devant mon insistance à vouloir évoluer avec les nouvelles techniques, il du néanmoins se rendre à l'évidence. Pour faire face à la concurrence et améliorer la production je procédais à l'installation d'une nouvelle et robuste machine de sciage équipées d'un système mécanique du relevage et de l'arrosage de l'abrasif sur les blocs. Vinrent s'ajouter l'installation d'un treuil pour la manutention des blocs extraits, la construction d'un atelier pour abriter les tailleurs de pierre et de petites machines à disques pour faciliter le travail manuel. Néanmoins les résultats de ces améliorations étaient insuffisantes comparés à ceux obtenus par les nouvelles techniques du travail de la pierre qui s'amélioraient constamment avec la reprise du marché de la pierre.

En 1966 je décidais de créer ma propre entreprise et de la doter d'un matériel plus performant. : Augmentation des rendements et réduction de la pénibilité du travail s'en suivirent. En premier lieu ce fut un appareil de levage pour la manutention des blocs en carrière et des pierres en atelier. puis, en remplacement du marteau-piqueur pour l'extraction, beaucoup trop pénible et trop lent, je mis au point avec un constructeur des haveuses à chaînes robustes et adaptées à la pierre de Vers qui permirent de décupler le rendement en extraction et de le rendre moins pénible. Dans le domaine du façonnage, en collaboration avec les fabricants de machines et les fournisseurs de lames et disques de sciage, ce fut la mise au point d'outils à concrétion diamantée qui puissent résister à l'abrasion de la pierre et réaliser des profilages et mouluration. pour ce faire,l'installation de nouvelles machines permettant l'emploi de ces outils fut nécessaire.

Après deux ans d'essais et de mise au point, ces nouveaux outils mécaniques de sciage, de moulurage et de copiage permirent, par l'obtention de coûts de fabrication beaucoup moins élevés, de rendre à la pierre une place prépondérante dans la décoration de la maison et de son environnement, ne négligeant pas, par là, bien au contraire, le travail du tailleur de pierre pour apporter une parfaite finition à l'ébauche faite par les machines.

L'évolution rapide des capacités de production et le développement des débouchés sur un marché plus diversifié incita rapidement d'autres entreprises à s'installer sur le gisement de la commune de VERS et sur celui limitrophe de la commune de CASTILLON.

Au cours des décennies 70, 80 et 90 – ce furent sept exploitations qui s'installèrent sur le bassin. Durant ces décennies, Le marché de la pierre arriva à son apogée.

Aujourd'hui – Vers la fin des années 90 ce marché déclina au profit d'autres pierres et du béton décoratif moulé. La plupart des exploitants se tournèrent vers la production industrielle de blocs pour le bâtiment. Il s'en suivit une réduction de main-d'oeuvre et surtout la diminution du nombre de tailleurs de pierre de métier sur le site. Lorsque l'activité des exploitations était à son apogée, certains exploitants employaient de cinq à dix tailleurs de pierre. Il en reste peu aujourd'hui, cinq à dix tout au plus pour l'ensemble des exploitations. leur activité se réduisant, pour la plupart, à l'extraction de blocs et au débitage de simples parallélépipèdes à la machine.

Les images montrent les différentes phases de façonnage : du débitage des blocs au façonnage à la machine, puis la finition et à la taille à la main de la pierre.

Image 01: Découpe des blocs provenant de carrière avec machine à disque de sciage diamantés de 2,75 mètres de diamètre.
Images 02, 03 : recoupe des pièces obtenues, avec des disques de moindre diamètre.
Images 04, 05 : profilage au disque de socles de luminaires.
Images 06, 07 : profilage de pieds de table de jardin et manutention.
Image 08 : copiage automatique de linteaux de cheminée sculptés avec des fraises diamantées.
Image 09 : presse à éclater les blocs.
Image 10 : retouche des pièces éclatées.
Image 11 : tournage d'un pouf de jardin en pierre.
Image 12 à 17 : taille de finition et pré assemblage de cheminées en atelier.
Image 18 : taille d'un siège ergonomique en pierre.
Image 19 : taille d'un pied de table.
Image 20 : Taille d'un élément de cheminée.
Images 20 et 21 : stockage et manutention des pièces terminées.

 
   
 
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